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Comment écrire un livre sur son histoire ?

  • Elodie
  • 1 avr.
  • 10 min de lecture

Introduction | écrire un livre sur son histoire


Écrire, c’est à la fois un acte très personnel et d’immense partage. C’est tour à tour effrayant, libérateur, prise de tête, source de questionnements (souvent) – et de réponses (parfois). C’est facile certains jours, et ça paraît bien compliqué le lendemain (comme à l’heure où j’écris cette introduction, et où j’ai l’impression de pédaler dans la choucroute 🤤).


Peut-être que ce matin, vous vous êtes réveillé.e en ayant envie d’écrire, mais pour une fois, plutôt que de vous tourner vers l’extérieur, vous avez eu envie d’explorer et de mettre au jour quelque chose de plus intime. Et pourquoi pas, après tout ?


Je partage avec vous quelques clés qui vous permettront de vous lancer plus sereinement (je l’espère) dans l’écriture de votre récit de vie.


Au programme :

  1. Délimiter son projet d’écriture autobiographique

  2. Se préparer à l’écriture de son autobiographie

  3. Se lancer dans l’écriture de son autobiographie

  4. Sortir des blocages liés à l’écriture autobiographique

  5. Liberté d’expression, diffamation, atteinte à la vie privée

 

🌟N’hésitez pas à explorer les autres articles que j’ai partagés au fil du texte (surtout dans la première partie), et à regarder ce que je propose pour vous accompagner au mieux dans l’écriture, la conception et la publication de votre livre.

 


1. Délimiter son projet d’écriture autobiographique


Avant de commencer à écrire un livre sur son histoire, il me paraît essentiel de bien connaître ses motivations personnelles, autant pour rester motivé.e dans la durée, que pour bien délimiter son projet d’écriture et le calibrer.


Écrivez-vous pour partager une expérience personnelle avec d’autres personnes qui vivent la même chose ? L’écriture de votre texte a-t-elle un objectif purement thérapeutique ? etc.


Ce « pourquoi » vous guidera tout au long de l’écriture de votre livre, il est donc important d’être au clair avec cela dès le début pour éviter de vous perdre dans les méandres de votre récit, au risque de ne pas en voir le bout.

Pour avoir un récit cohérent, choisissez un angle particulier, un fil conducteur autour duquel le récit se construira. Cela vous permettra de sélectionner uniquement les informations et les anecdotes pertinentes et à même de soutenir votre propos.


Enfin, il est crucial de garder en tête qu’un texte personnel qui a vocation à être publié est différent d’un journal intime. Lorsqu’on a pour projet de publier un livre sur son histoire, il est nécessaire de penser aux lecteurs et de se demander ce que ce récit va pouvoir leur apporter.


Si votre but est de publier votre récit autobiographique, il me paraît important :

✅ d’avoir un objectif clair (pourquoi j’écris, pour démontrer quoi) ;

✅ de suivre votre fil rouge (comment je m’y prends concrètement pour atteindre cet objectif) ;

✅ de garder en tête cette volonté de partage avec le lecteur.


Pour éviter de vous sentir frustré.e dans l’écriture de votre récit de vie, ou d’avoir l’impression de vous censurer, il est tout à fait envisageable de faire coexister deux versions d’un même texte : l’une, complète, que vous gardez pour vous ; et la seconde, plus accessible au public.

 

🎤 Si à ce stade de réflexion vous ne savez pas très bien dans quelle direction orienter l’écriture de votre récit de vie car vous hésitez entre plusieurs options, ou à l’inverse, rien ne vient, je vous conseille de… simuler une interview ! Imaginez-vous dans la peau d’un.e journaliste et listez les questions qui pourraient être posées. Qu’aimeriez-vous savoir ? Qu’est-ce qui pourrait intéresser les lecteurs de votre journal/magazine ?


🎤Pour sortir des questions lambda, lisez des interviews dans différentes revues, écoutez des émissions ou des podcasts, et notez les questions qui vous paraissent pertinentes, originales, ce que vous aimez découvrir chez l’autre, etc.

 

 

2. Se préparer à l’écriture de son autobiographie


Maintenant que votre objectif d’écriture est clair et que vous connaissez la destination de votre récit de vie (publication/texte personnel), plusieurs étapes sont encore nécessaires avant de vous lancer concrètement dans l’écriture 🧐


Dans un premier temps, vous allez rassembler vos souvenirs (ceux qui sont pertinents avec votre objectif, n’oubliez pas 🤓) : journaux, lettres, photos, etc. Vous pouvez, à ce stade, noter en quelques mots les souvenirs qui vous viennent spontanément et leur attribuer des mots-clés ou un titre pour facilement les retrouver et les déplacer dans la partie adéquate. Même s’il peut être tentant d’écrire tout cela dans un carnet, je vous conseille de rédiger votre prose dans un traitement de texte et d’attribuer un style titre à vos titres pour pouvoir facilement les retrouver dans la navigation.


🌟Si vous utilisez Word, la fenêtre Navigation qui s’ouvre à gauche vous permet de voir tous vos titres et sous-titres en un clin d’œil… mais seulement ceux qui ont été correctement stylés 🌟


Une fois que vous aurez réalisé ce travail archéologique, et si vous destinez ce texte à la publication, il est important de replacer votre histoire dans un contexte plus large pour pouvoir vous adresser à des personnes qui ont la même problématique ou un vécu similaire au vôtre.

Il peut être nécessaire de faire des recherches complémentaires si cela vous permet d’appuyer votre propos (exemple d’un parcours médical : le vôtre est-il représentatif de l’ensemble ou spécifique ?)


Enfin, une fois que votre objectif est clair, que votre angle d’attaque est décidé, que vous avez toute la matière nécessaire et que vous avez en tête (toujours) cette idée de partager quelque chose avec le lecteur, il est temps de réfléchir à la construction de votre livre : souhaitez-vous écrire un récit chronologique ? Ou plutôt le construire de façon non linéaire, en vous focalisant sur plusieurs thématiques (événements, rencontres, en fonction du lieu…) ? Ou encore partir d’un événement précis et revenir sur certaines périodes sous forme de flash-backs ? etc.

 

‼️J’attire votre attention sur l’importance de faire du tri dans toute la matière que vous avez collectée pour deux raisons :


💥 vous avez défini un fil rouge, un angle d’attaque dans la construction de votre récit de vie, et il est nécessaire de vous y référer constamment pour ne pas dévier et vous retrouver avec un texte qui manque de clarté. Demandez-vous toujours si les éléments que vous souhaitez ajouter sont pertinents par rapport à l’axe que vous avez choisi pour orienter votre texte ;


💥 le récit, une fois publié, sera porté à la vue de tous. Vous devez donc doser le degré de détails et discerner ce qui relève de votre intimité ou de celle des personnes citées afin de vous préserver, de ne pas blesser votre entourage, d’éviter les risques liés à l’atteinte à la vie privée (cf. dernière partie), mais aussi pour éviter de mettre le lecteur dans une position de voyeur. ‼️

 


3. Se lancer dans l’écriture de son autobiographie


Votre sujet est bien délimité, votre plan d’écriture est construit, il ne vous « reste plus qu’à » rédiger.

Pensez que votre récit de vie doit être vivant, c’est-à-dire dynamique, rythmé grâce à des anecdotes, des souvenirs sensoriels et, éventuellement, des dialogues.


Sortez du récit purement factuel, car ce qui importe aussi au lecteur, c’est votre regard actuel sur la situation, vos réflexions sur vos doutes, vos blessures, etc. L’émotion que vous avez ressentie au moment où vous avez vécu ces événements doit être présente, tangible. Faites-la vivre au lecteur pour que votre vécu entre en résonnance avec sa propre histoire.


Néanmoins, ne tombez pas pour autant dans le pathos, la plainte, l’autoapitoiement. Montrez au lecteur ce que votre expérience de vie, aussi difficile qu’elle soit, vous a appris, quelle personne vous êtes aujourd’hui.


Dans l’écriture, et plus particulièrement dans l’écriture d’un récit de vie, il est important de trouver sa propre voix, son propre style, d’être fidèle à soi-même. Le lecteur recherche avant tout l’authenticité alors n’ayez pas peur d’être vous-même dans votre façon d’écrire. Que vous soyez une personne qui a de l’humour, une personne très sensible, une personne battante, etc., montrez-le au travers de votre écriture. Le lecteur sera d’autant plus touché par votre histoire s’il perçoit la vraie personne à travers les mots.

 

‼️J’attire votre attention sur le fait que votre récit de vie est personnel et qu’il est malvenu de parler au nom des autres personnes. Ne faites pas de généralité, car ici il n’est question que de vous, de votre histoire, de vos ressentis. Comme dans la vie, vous pouvez émettre des hypothèses sur ce qui se passe dans la tête des personnes qui cheminent à vos côtés, mais vous ne pouvez pas affirmer avec certitude ce que ces personnes vivent ou ressentent. N’oubliez pas que chacun a sa vérité 😉


De même, écrire un récit autobiographique ne doit pas se transformer en règlement de comptes. En plus des risques encourus pour diffamation ou atteinte à la vie privée, vous pourriez regretter par la suite d’avoir tenu des propos indélicats envers certaines personnes de votre entourage. N’oubliez pas que si les paroles s’envolent (sans pour autant être oubliées 🤯), les écrits restent. Et le lecteur n’a pas à être pris à partie dans un conflit que ne le concerne pas. Alors, en toutes choses, pesez vos mots ! ⚖️


Enfin, gardez en tête que le lecteur ne connaît pas votre histoire, alors ne lui donnez pas l’impression de rester en dehors de votre récit, à la marge. Si vous ne souhaitez pas tout révéler, c’est votre choix, mais ne sous-entendez pas des choses que vous savez ne pas vouloir développer.‼️

 


4. Sortir des blocages liés à l’écriture autobiographique


Être confronté.e à la page blanche, c’est quelque chose qui arrive au moins une fois dans la vie de chaque autrice ou auteur, et à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’écrit un livre sur son histoire personnelle. Que vous vous sentiez seul.e face à votre page blanche ou inexplicablement attiré.e par toutes les tâches ménagères que vous repoussiez jusqu’alors, rien de plus normal : votre cerveau met en place des mécanismes de défense pour ne pas revivre les événements que vous souhaitez raconter. Existe-t-il une solution miracle ? Je ne pense pas.


Je ne peux que vous conseiller de :

✨ noter noir sur blanc ce qui vous pousse à écrire et de vous y référer les jours où vous perdez le nord (vous pouvez vous écrire une lettre par exemple) ;

avoir une routine d’écriture qui vous permette d’apporter de la régularité à votre pratique ;

avoir un plan d’écriture solide pour savoir où vous allez ;

vous exercer à écrire un peu tous les jours, même si les textes en question n’ont aucun lien avec votre récit de vie ;

✨ vous dire que ce que vous écrivez n’est qu’un premier jet, qu’un brouillon qui sera retravaillé plusieurs fois. Tant que votre manuscrit n’est pas publié, il peut être modifié, alors détendez-vous 😌


Lorsqu’on écrit un récit de vie, il n’est pas forcément facile d’en parler à son entourage familial ou amical. Mais sachez que vous n’êtes pas seul.e pour autant. Les encouragements, le soutien et la motivation dont vous avez besoin, vous pouvez aller les chercher sur des forums d’écriture. De nombreux autrices et auteurs sont confronté.es aux mêmes blocages que vous, alors pourquoi ne pas partager vos difficultés avec elles et eux pour trouver des solutions ensemble ?


 

5. Liberté d’expression, diffamation, atteinte à la vie privée


En France, nous sommes particulièrement attaché.es à la liberté d’expression. Cependant, l’écriture d’un récit de vie peut vite s’avérer délicate lorsque les faits abordés concernent également d’autres personnes (et c’est bien entendu souvent le cas).


C’est l’éditeur du livre qui, sauf clause contraire prévue dans le contrat d’édition, est responsable des propos tenus. Dans le cadre de l’autoédition, vous l’aurez compris, l’auteur étant lui-même l’éditeur de son texte, la responsabilité de ce qu’il publie lui incombe.


Concernant la diffamation, l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 stipule que :

« Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l’identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés. Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure. »

Ainsi, même si la personne n’est pas nommée, dès lors qu’elle se reconnaît dans un protagoniste de l’histoire et estime qu’il y a une atteinte à son image, il existe un risque pour l’auteur du texte.


De plus, le respect de la vie privée des personnes, qu’elles soient célèbres ou non, est encadré par les articles 226-1 et suivants du Code pénal et par l’article 9 du Code civil :

« Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l’intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s’il y a urgence, être ordonnées en référé. »

Il est donc interdit de divulguer des éléments intimes de la vie privée d’une personne sans son accord, et ce peu importe la véracité ou non des propos.


Pour éviter les risques de diffamation ou d’atteinte à la vie privée, il est donc conseillé de ne pas révéler l’identité des personnes sans leur accord. S’il n’est pas possible d’obtenir leur accord, il sera alors nécessaire de protéger leur vie privée en brouillant suffisamment les pistes pour que ces personnes ne puissent pas se reconnaître, car la mention « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence » n’est pas suffisante pour vous protéger.


Enfin, qu’il s’agisse d’une fiction ou d’une non-fiction, lorsque le livre contient des scènes ou des propos sensibles, il est conseillé d’ajouter en début de livre un avertissement relatif au contenu (également appelé "trigger warning") pour en informer le lecteur.


💡Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles de loi cités dans cet article sur le site Légifrance (la lecture du Code civil est probablement un bon moyen de lutter contre les insomnies liées à l’écriture de votre autobiographie 😅).

 

Voici quelques conseils pour anticiper au mieux les risques :

conserver ses sources (recherches, échanges de mails, témoignages, autorisations écrites…) ;

construire des personnages fictifs en mêlant les caractéristiques de personnes réelles et de personnages inventés ;

modifier si possible le cadre et le contexte de l’événement (lieux, dates, etc.) et réinventer une chronologie, des dialogues ;

faire relire son manuscrit par un avocat spécialisé avant publication.

 


Conclusion


Que ce soit pour des raisons liées au souci de préserver la vie privée des protagonistes de l’histoire (comme vu ci-dessus), ou encore pour vous sentir plus libre dans l’écriture, il peut être intéressant de mêler histoire vraie et fiction. Du reste, cela permet aussi d’enrichir l’histoire en éléments auxquels vous n’auriez pas accès en temps normal, comme certains dialogues oubliés ou pensées jamais dévoilées.


À vous de voir si l’écriture de votre fiction autobiographique mêlant donc réalité et fiction sera à la première personne ou à la troisième personne.


Quelle que soit la forme que prendra votre récit, je vous invite vivement à vous interroger sur vos motivations et ce que vous souhaitez vraiment partager avec le public. Outre l’aspect légal, il ne faut pas négliger de vous protéger, vous, qui serez au cœur du texte.


Enfin, si je suis persuadée que tout travail d’écriture a un effet thérapeutique, même lorsqu’il s’agit de pure fiction (parfois révélé par les blocages apparus à cette occasion), il n’en reste pas moins que cela ne remplace pas le travail avec un professionnel de santé 🧠



 
 
 

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